Comment le vin sauvera le monde

Christian Gatard a été récemment invité par l’AgenceBio à parler du vin dans le futur. C’était dans le cadre du Salon MillésimesBIO à Montpellier.

Le monde va trop vite. Comment lui redonner du sens ? En buvant du vin. Tout simplement. Car cette  boisson, porteuse des mythes fondateurs de nos sociétés, symbole de réconciliation, pourrait bien réechanter le quotidien. C’est la thèse que défend Christian Gatard, conseiller en prospective.

 

 

Posons le décor. L’Humanité n’est pas bien partie. Elle irait même plutôt dans le mur. La vitesse des changements qui interviennent fait peur. Quand elle ne donne pas le vertige.  Hollywood, d’ailleurs, l’a bien compris et s’est emparé de ces craintes en produisant le film « La route » dont l’action se déroule après l’Apocalypse. Dans ce monde de mutations, comme le qualifie Christian Gatard, conseiller en prospective mais aussi écrivain et essayiste, certains cherchent quand même à se bricoler une vie, se réinventer un futur fiable.

 

« Ce qui peut les y aider est la relecture des textes anciens. Les grands archétypes vont leur permettre de mieux comprendre où ils vont. Et le vin dans ce drôle d’ univers qui se dessine a son rôle à jouer. Il faut alors se replonger dans sa symbolique culturelle. Si le vin est si important, c’est parce qu’il est le révélateur des secrets de la nature. Il fut le vin des initiés, celui qui procure une ivresse mystique. La grande scène fondatrice du vin est la Cène. Il existe d’ailleurs toute une série de Cène contemporaines, revisitées par de multiples artistes, parfois avec beaucoup de provocation. Mais peu importe. Ceci montre qu’autour de la symbolique du vin, il y a la volonté de rétablir la paix. Après le déluge, que fait Noé ? il plante une vigne. Dans la mythologie égyptienne, Hathor devient la déesse de l’amour après que Thot lui ait apporté la lumière à travers une coupe de vin. Le vin est donc, ces exemples le prouvent, au cœur d’une symbolique de réconciliation ».

 

Dans ce monde de mutations, est élevée également au rang de valeur, la transparence. Certes, elle peut être positive, pour lutter par exemple, contre les contrefaçons. « Mais elle ne peut être la clef de tout », souligne Christian Gatard. « A trop vouloir montrer, le contrôle n’est pas loin et à tout vouloir montrer, on finit par ne  plus rien voir ». Et là encore, le vin pourrait jouer les trouble-fête dans un monde qui se voudrait le meilleur d’entre tous.

 

« Fort de l’imaginaire qu’il véhicule, celui-ci a une formidable capacité d’être un produit animé, éveillé, d’alerte.  Et surtout, il est incertain.   Et c’est dans cette incertitude que les hommes vont redécouvrir le frisson du vivant, se replonger dans leurs mythes fondateurs, assister aux retrouvailles de l’alchimie et de la matière, en revenir à un vin spectacle où le côté spectaculaire s’exprime dans cette relation entre le cépage et la nature. Ce qui pourrait amener les hommes à se révolter contre cette  tyrannie de la transparence. Le vin devant être avant tout une expérience hédonique. Nous devrions revenir à une nouvelle façon de boire et de manger, en privilégiant le « whaouhhh effect », c’est à dire se besoin de ressentir les choses, de les palper avec le plus d’intensité possible. Sans doute faut-il s’attendre dans les vingt ans qui viennent, à une recherche de plus en plus poussée du plaisir et de la jouissance avec la volonté d’aller au bout de ses sensations ».

 

 

 

Toujours immergés dans ce monde de mutations, une autre onde de choc arrive et bouscule les hommes: l’ère de l’hybridation et du métissage.

 

« Chacun se retrouve alors isolé dans le monde, ghettoïsé mais le besoin d’en sortir est manifeste. D’où la nécessité de disposer d’un passeport et le vin en est un, un passeport entre générations et entre civilisations. C’est sa gloire, son potentiel fantastique car à travers lui, se font les rencontres. Grâce au vin, il y a un enthousiasme à se retrouver dans un banquet. Ce qui est fondateur et refondateur de demain. Même chez soi, le vin peut être le moteur d’un retour de la conversation, d’une conversation apaisée mais qui se déroulera sans doute autour de nouveaux rituels. On pourrait inventer de grandes auges où chacun plongera sa paille pour boire le vin, disposer de fontaines domestiques ou de nouvelles formes de bouteilles. Autant de simulacres qui cajoleront des formes de nostalgies. Mais là encore, peu importe le contenant ou la technique qui la fait naître, il s’agit juste de prendre son temps, de suspendre ce temps qui va trop vite ».

 

 

Et puis, il y a l’artiste, l’incarnation de l’allégeance rebelle, celui qui va repenser la relation entre l’homme et le vin.

 

« L’artiste est celui qui va reconstruire le réel. Il va inventer de nouvelles formes de consommation.  Et les boites de nuit de redécouvrir le vin avec pourquoi pas, des châteaux en tuble, des vins de couleur coupés d’eau de mer, avec des épices, des vins designés.  Autant de formes de vin qui pourraient séduire une nouvelle génération de consommateurs adeptes de la diversité et d’expérimentation ».

 

 

Enfin, ce monde de mutations est surplombé par le transhumanisme.

 

« Bientôt, nous pourrons télécharger notre cerveau dans un ordinateur, avoir la possibilité de consulter, via une  puce, toute une bibliothèque. Cela fait peur et relève du vertige. Comment freiner  si ce n’est en se donnant des moments de pause comme dans les symposium romains car le vin est là pour ralentir le monde. Comme Janus, il incarne à la fois la plus haute Antiquité et l’avenir. Il devrait sans nul doute, être classé au patrimoine culturel  tant sa faculté à relier les hommes est grande. Le monde attend une prise de conscience, veut trouver du sens  et cette prise de conscience peut avoir une prise sur la politique. Et si la politique fonctionne bien, l’économie peut bien fonctionner. On pourra alors s’entendre avec ses voisins et réenchanter la proximité ».

 

Autour d’un verre de vin.

Claudine Galbrun

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