Le contact est une promesse majeure pour la prospective

En matière de prospective le thème du contact est particulièrement intéressant et polysémique. La rumeur voudrait qu’on soit à la recherche de contacts pour enrichir son réseau, pour se sentir exister, pour ressentir davantage d’émotions, pour explorer le monde, pour en jouir davantage, pour avoir plus de clients, de fans, de contrats. On laisse entendre que les aspirations à entrer en contact avec quelque chose d’autre pointent un manque grave. Comme si on avait perdu le contact avec tant de choses qu’il serait nécessaire de partir ailleurs pour aller retrouver un objet disparu, un âge d’or, un Jardin d’Eden.

Mais formulée ainsi l’aspiration à créer du contact plombe l’ambiance. Serions-nous tous si mal en point, si mal lotis que notre seule option serait la fuite en avant et que la solution serait de faire table rase du passé pour aller voir si l’herbe est plus verte à côté?

Ce n’est pas ce que révèle une prospective délestée des idéologies défaitistes et dépassées des Cassandres et autres prophètes de malheurs.

La prospective est une anticipation créatrice, pas un ressassement nauséabond biberonnant aux aigreurs de ces gens-là. La prospective est fille de la curiosité et la curiosité est ce qui va donner demain à la notion de contact sa saveur et son savoir-faire. Ce n’est pas pour autant une ballade sans danger : rien ne manque au bonheur de Psyché, si ce n’est de connaître le visage et le nom de son amant nocturne dit le mythe qui prévient des risques que prit la belle à vouloir découvrir les traits du dieu qui la visitait incognito. Mais se mettre en danger est aussi le propre des humains…

Contact ! L’expression dit bien ce qu’elle veut dire : il faut se mettre en route.

 

Le contact est une promesse majeure pour les nouveaux découvreurs. 

 

Une nouvelle génération hybride de savants et d’artistes est en train de s’emparer des secrets de l’univers. On ne sait pas encore tout à fait comment les nommer. Ils sont inspirés par la maitrise de la technologie, ils sont sensibles aux nouvelles formes de spiritualité, ils explorent la matière calculée avec un regard émerveillé. Ils intègrent la complexité du monde et métissent leurs savoirs et leurs intelligences. Ils nous laissent parfois (voire souvent) un peu béats devant leur virtuosité. Qui comprend vraiment la mécanique quantique ?  Heureusement on a des Etienne Klein comme passeur. Qui comprend ce qui se découvre dans le cerveau ? Heureusement on a des Rémi Sussan comme guide. Ils se donnent comme objectif une double promesse. Le contact avec les secrets de l’univers, d’une part, l’infiniment grand, le cosmos. Le contact, d’autre part, avec  ceux de l’infiniment petit, le nanomonde, l’échelle atomique et moléculaire.  Voilà deux scripts prometteurs en émotions, en sensations, en sidérations. Le 21ème siècle ne va pas cesser de nous étonner : l’attente, la recherche et l’avènement de ces deux jonctions avec des mondes inconnus vont bouleverser notre compréhension du monde ou à tout le moins notre regard sur lui : l’infiniment grand et l’infiniment petit.

De quoi ces contacts sont-ils le nom ? De la puissance de la curiosité à explorer l’au-delà des frontières de la connaissance quels que soient les risques. La recherche du point de contact avec l’inconnu, nouvelle frontière toujours repoussée, est le défi des nouveaux découvreurs.

On ne va pas ici aborder les aspects scientifiques de ces enjeux mais les représentations, les imaginaires que suscitent ces promesses.

 

 

L’imagination centrifuge, la jonction avec les étoiles, le contact avec les extra-terrestres.

 

L’imagination centrifuge ?  C’est celle qui nous porte vers un ailleurs. Elle nous entraine hors de notre sphère immédiate. Elle nous fait voyager.

Les extra-terrestres ? La Science-Fiction en a fait un genre à part entière. Hollywood l’a incarné tant et plus. La question n’est pas ici de savoir s’ils existent mais de se pencher quelques instants sur ce qu’ils disent de nous. Le motif est connu et répliqué dans l’Histoire : apparitions d’anges et de vierges pures, OVNI, poltergeists… Que tout ceci soit de l’ordre de l’inconscient collectif (hallucination collective pour Young et les soucoupes volantes) ou de l’effet psi (action de la pensée sur la matière pour Costa de Beauregard), à chaque occurrence il s’agit d’un contact avec du nouveau, du curieux, de l’imprévu, pensé comme une intervention d’un autre radicalement autre… Si les extra-terrestres arrivent (enfin) ce sera comme le débarquement de Colomb aux Amériques, le premier contact avec les papous dans les années 30…

Des futurologues avisés estiment qu’en cas de premier contact avec une civilisation extraterrestre les porte-paroles de l’humanité toute entière devront être les artistes et les philosophes bien avant les militaires et les politiques.

C’est sans doute ici qu’il faut appuyer et cerner ce que sera cet imaginaire du contact : une nouvelle façon de négocier la différence radicale entre soi et les autres et pour ce faire en appeler à d’autres modes de relations, de négociation, de vivre-ensemble avec ces « autres ».

Si la prospective a quelque chose à nous apprendre, c’est qu’on a intérêt à s’entrainer à ce genre d’évènements : remettre les artistes et les philosophes à la table de la négociation des choses d’aujourd’hui et entreprendre une réconciliation avec les aliens c’est à dire à peu près tout le monde.

 

L’imagination centripète, la jonction avec notre génome, le contact avec le nanomonde.

 

Rémi Sussan dans Frontière Grise[1] actionne l’imagination centripète qui nous fait ici voyager à l’intérieur du cerveau, dernier territoire humain inconnu.

De quelle sorte de contact s’agit-il ici ?  De la redécouverte de soi, de la façon dont l’homme se perçoit et va (peut-être) se réconcilier avec ce nouveau continent qu’on découvre peu à peu : soi-même. Belle aventure. Il ressort de la lecture de ce livre passionnant que la connaissance de plus en plus approfondie des mécanismes du cerveau va permettre d’obtenir une meilleure connaissance de soi, une possibilité d’améliorer son potentiel, de surfer sur son propre code génétique et… devenir meilleur …  ou pire !

oxytocine

 

Le contact est une promesse majeure pour les nouveaux hédonistes 

 

Et que se passe-t-il chez les humains peu soucieux de ces découvertes majeures mais finalement assez ésotériques ? De quoi ce contact est-il le nom pour qui ne s’intéresse qu’à soi ? Ce qui n’est pas à prendre en mauvaise part. Il y a un temps pour tout, dit l’Ecclésiaste…

 

 

Le monde qui vient sera plus sensuel et sensoriel que jamais. Il exigera un contact physique avec les objets du monde réel quand le virtuel semble nous en éloigner. C’est le retour triomphal des 5 sens, c’est le pouce de la Petite Poucette de M.Serres qui caresse l’écran,  les « physio-plaisirs » de demain qui exigeront un contact rapproché avec les matières. Comme finalement on ne sait vraiment pas de quoi demain sera fait on fixera son attention de plus en plus obstinément sur le moi-peau (pour détourner une idée chère au psychanalyste Didier Anzieu : c’est par ma peau que je suis en contact avec le monde et j’y tiens, à ma peau, je la cajole, c’est tout ce dont je suis sûr, elle m’englobe et me protège). Donc avant même de tout savoir sur le cerveau, le cerveau, lui, sait très bien ce qu’il veut et c’est de jouir du monde avant qu’il ne parte en capilotade.

 

Le contact est une promesse majeure pour les médiateurs

 

Pour autant on n’est pas des bêtes : le cerveau est société

Une obsession du nombre de contacts dans les réseaux sociaux où chacun lance son filet pour attraper, agréger, faire multitude – et ce qui est passionnant c’est que ça marche!

Une acception un peu désuète mais appelée à reprendre du poil de la bête: la notion de contact issue des romans d’espionnage: la personne qui peut donner accès à quelqu’un d’autre ou à quelque chose, un contact c’est donc précieux ,fragile, secret.

 

C’est une ouverture vers l’inconnu, le danger

 

 

L’imaginaire du contact est une promesse d’aventure !

 

 

 

 

 

[1] (qui vient de paraître aux Editions François Bourin)

 

 

 

article paru dans la Revue INFLUENCIA Le Contact Février 2014

 

http://www.influencia.net/larevue/contact/

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